Imagine que tous les jours de ta vie, tu es déconnecté du rythme social des repas. Car tu jongles entre crises de boulimie, maux de ventre, et périodes de jeûne pour compenser ou parce que tu n’as tout simplement pas faim

Cela a été ma vie pendant plus de dix ans.

J’ai souffert d’hyperphagie, un trouble du comportement alimentaire. 

Cet article participe au carnaval d’articles sur le thème « Blessures et douleurs en yoga », organisé par Muriel, kiné ostéopathe du blog adaptersonyoga.

Je recommande en particulier l’article sur l’hyperlaxité, car la majorité des pratiquants en yoga sont hyperlaxes et risquent de se blesser à terme s’ils ne prennent pas les précautions nécessaires.

Pourquoi ?

A l’origine, comme de nombreuses adolescentes, un régime amincissant… Bien sûr, ce n’est pas la seule cause. Mais après avoir tenu quelques temps cette restriction, je m’étais mise à acheter des quantités de biscuits, bonbons, avec mon argent de poche et dévorer les paquets entiers en rentrant du lycée. Alors, je cherchais des solutions pour esquiver le dîner. J’essayais de compenser avec différentes méthodes comme la prise de laxatifs, pas mieux pour la santé. 

Et j’ai vécu cela la majeure partie de ma vie d’adulte, avec quelques parenthèses enchantées comme les vacances. Car je pensais moins à mon poids, et je mangeais en suivant plus facilement mes sensations de faim et envies.

Ces troubles sont multi factoriels, mais si je cite les régimes comme cause, c’est parce que la restriction – réelle ou émotionnelle– est pour beaucoup dans le déclenchement. Mais surtout, l’engrenage. Comme un cercle vicieux : tu penses que tel type d’aliment fait grossir, que tu dois à tout prix l’éviter. Tu te restreins, et dès que tu manges un bout de ce qui t’attire tu finis par craquer et tout dévorer. Car oui, les compulsions ont lieu avec des aliments gras, très sucrés ou salés !

En mode pilote automatique, les crises deviennent parfois quotidiennes. Surtout le soir, en cachetteCe sentiment d’urgence à manger mais surtout à combler un vide, qui te prend aux tripes.

Photo : Canva

Tant que tu ne le fais pas, ton esprit va tourner en boucle. Impossible de penser à autre chose ! Et ce n’est même pas forcément lié à un stress ou une émotion particulière.

C’est pour ça que c’est une maladie. Nous n’en sommes pas responsables.

D’ailleurs, les personnes qui ne l’ont jamais vécu ont beaucoup de mal à comprendre, et vont sûrement conseiller un rééquilibrage alimentaire ou pire, de la volonté

Et comme il s’agit d’une maladie, tu te doutes bien qu’en priorité il faut consulter des professionnels de santé. Médecins, nutritionnistes, psychologues ou psychiatres… De préférence spécialisés sur le sujet, parce que sinon on risque de nouveau de t’orienter vers un régime en te jugeant, ce qui va ne faire que renforcer le trouble et le mal-être.

Car en plus d’être mal physiquement : imagine l’estomac distendu après avoir englouti plusieurs paquets de gâteaux / céréales… les nausées, ballonnements, constipation… On se sent vraiment nul. Pourquoi ça m’arrive ? Pourquoi ça m’échappe ? C’est la dernière fois, je me promets que demain c’est terminé. Et le lendemain, on peut pratiquer du sport pour compenser, sauter le petit déjeuner, voire le déjeuner… et puis le soir, rebelotte !

On peut aussi tester des méthodes plus douces (hypnose…). J’en parle dans cet article.

Il n’empêche que la guérison peut être un long, très long chemin. Avec des phases de répit, l’impression que c’est fini. Et puis bam ! L’hiver arrive, dépression saisonnière, fêtes de fin d’année avec l’angoisse des gros repas et c’est reparti pour un tour.

Imagine un peu le désespoir, pendant toutes ces années.

Pour revenir à mon vécu, le tableau était-il tout noir ? Étais-je malheureuse pendant presque quinze ans de ma vie ?

Eh bien, finalement… non !

Ma planche de salut

Quand on souffre de troubles du comportement alimentaire, on a tendance à penser de manière manichéenne. Quand tu commences le paquet de chip’s, tu te dis « foutu pour foutu ».

Alors je vais essayer d’être plus nuancée, et d’expliquer ici comment j’ai réussi à être globalement heureusetoutes ces années malgré cette maladie en toile de fond.

Là aussi, c’est multifactoriel : il y avait le sport et la curiosité d’essayer de nouvelles activités qui m’ont aidée à extérioser ma colère, me défouler, me faire du bien. Le fitness, la course à pied, la boxe…

Il y a mon entourage aimant et bienveillant.

Je m’étais ouverte à mes proches de ces troubles, et c’était un poids en moins à garder pour moi. Même si les réflexions peuvent parfois blesser, car n’oublions pas que tant qu’on ne le vit pas, c’est très dur à comprendre.

J’avais aussi entrepris une thérapie qui a duré cinq ans. Ma motivation première (car il en faut, quand on s’engage sur une à deux séances par semaine !) était de me sortir de ces troubles alimentaires.

Paradoxalement, j’ai terminé ma thérapie sans être guérie, mais j’avais fait d’autres grands pas dans ma vie.

J’ai appris à me connaître, à m’aimer.

Mon poids a beaucoup varié : j’ai même eu une phase anorexique vers 20 ans où je suis descendue à 45 kilos, et au plus haut j’ai dépassé les 90…

YOGA SOIGNER BOULIMIE
Image Canva

Malgré tout, j’arrivais à me trouver belle la majorité du temps. 

J’avais pour assez confiance en moi pour m’affirmer, faire un métier de commerciale et y performer. Changer d’entreprise lorsque cela ne me convenait plus, et même changer de métier plus tard (conseillère professionnelle). Recadrer certains collègues qui essayaient de me piquer mes prospects. Valoriser mon travail auprès de la hiérarchie.

Mais il y avait toujours ce tempérament à fleur de peau, l’anxiété, l’hypersensibilité. Jusqu’à ce que je découvre vraiment le yoga.

La révélation du yoga

Je dis « vraiment » car le premier cours était un échec total : en salle de sport, je l’ai vécu comme du stretching et je me suis royalement ennuyée !

La vraie rencontre a été avec le Hatha Yoga, la forme traditionnelle toujours chère à mon cœur (au point que je l’enseigne depuis deux ans !).

Comment le yoga m’a aidée à mieux vivre ces troubles du comportement alimentaire ? 

Et quel rôle le yoga a joué lors de ma guérison ?

Yoga vient de la racine sanskrit « Yuj » qui signifie le joug. Le joug qui unit deux choses ensemble. Mais que peut donc réunir le yoga ?

Le corps et l’esprit, bien sûr. Mais aussi le petit soi avec le grand Tout. Le mot « Hatha » signifie « force vive », mais l’interprétation symbolique du Hatha Yoga est aussi de réunir la lune et le soleil. On connaît bien ces deux aspects par le Yin et le Yang : le côté féminin, froid, passif, et le côté masculin, chaud, actif. Deux polarités opposées qui se retrouvent dans absolument tout.

Le yoga va donc aider à trouver un équilibre. Parfait quand on résonne en tout ou rien !

Un équilibre physique, avec la pratique des postures (asanas). La forme physique du yoga va permettre de conserver une bonne santé. Chaque posture allie un renforcement musculaire et un étirement. Tout en faisant circuler harmonieusement l’énergie dans le corps. 

Un équilibre psychique, avec la respiration. Le souffle c’est comme le pont entre le corps et l’esprit. L’attention au souffle, c’est ce qui fait la différence entre un cours de yoga et de simples étirements !

On travaille aussi plus spécifiquement avec des « pranayamas », contrôles du souffle.  Effet apaisantgaranti !

Et c’est grâce à tout cela qu’en sortant de mon premier cours de Hatha Yoga, j’avais l’impression de flotter sur un nuage.

Pourtant, je sortais d’une journée de travail stressante, j’étais une boule de nerfs. En l’espace d’une heure seulement, j’ai découvert cet espace de paix à l’intérieur de moi.

Le yoga, c’était juste la clé pour y accéder !

Crédit photo : Delphine Joly

Alors souvent, je compare le yoga au ménage : pour garder l’esprit clair, il faut pratiquer tous les jours (dans l’idéal), ou au moins plusieurs fois par semaine. 

Ton corps, c’est comme ta maison : si tu ranges un peu tous les jours, tu y verras beaucoup plus clair ! 

Pendant ces dix ans, je n’ai pas forcément pratiqué le yoga en continu. Mais c’était une toile de fond, avec des cours ou des stages. Une activité seule ou avec des amies. Certains cours me faisaient plus de bien que d’autres, bien sûr. Je me souviens encore d’un cours de Vinyasa (plus dynamique) où je galéraisphysiquement à faire et tenir les postures. Au lieu de m’aider à me sentir bien, je me suis plutôt sentie nulle, pas à la hauteur !

C’est aussi pour ça que je fais très attention, depuis que j’enseigne, à proposer des adaptations pour toutes les formes de corps. Rappeler un des principes du yoga qui est la bienveillance, Ahimsa, qui commence envers soi-même.

Le yoga a été comme mon refuge, ma bouée de sauvetage et m’a permis de garder ce lien privilégié avec mon corps pour continuer de m’y épanouir, malgré la violence des crises de boulimie et de la société grossophobe.

Mais il a aussi joué un rôle inattendu lors de ma guérison.

Je craignais le vide laissé par l’absence de crises en guérissant. Ce vide n’était qu’une illusion ! J’ai créé mon entreprise – moi qui ne jurais que par le salariat et son confort !

Portée par cette joie de vivre et surtout l’envie de la transmettre, je suis devenue coach de vie et… (bon il n’y a pas trop de suspens) prof de yoga ! 

Et comme je connais par cœur la difficulté à aller mieux lorsqu’on mange en perdant le contrôle… Et que j’utilise le yoga comme une boîte à outils, avec un remède pour chaque mal (ballonnement, constipation, manque d’estime de soi, métabolisme ralenti…).

J’ai créé le programme Yoga & TCA, pour apaiser tes compulsions alimentaires. Avec la collaboration d’une autre spécialiste du sujet et son regard scientifique : Emma, du blog desanorexie.

Et si tu te sens concerné par ce sentiment d’urgence à te remplir par la bouffe, tu aimeras certainement recevoir gratuitement ton guide : « Les 7 erreurs qui font que tu manges sans pouvoir t’arrêter ».

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